À l'occasion de la Journée de prévention du suicide, la fondation Jean Jaurès publie la première enquête européenne comparative.

Chaque année, 200 000 Français tentent de mettre fin à leurs jours et on estime qu'entre 10 000 et 11 000 y parviennent. À l'occasion de la 15e Journée mondiale de prévention du suicide la fondation Jean Jaurès, un think tank au service de «la défense de la démocratie», publie la première enquête comparative européenne sur le sujet. Réalisée par l'Ifop dans 4 pays (France, Allemagne, Espagne et Italie), elle démontre que «les Français sont les plus exposés aux pensées suicidaires».

Les Français plus touchés

Vingt pour cent des 2007 Français sondés avouent «avoir déjà songé sérieusement» au suicide, contre 15, 16 et 12 % respectivement pour les Espagnols, Allemands et Italiens. Par ailleurs, 5% témoignent avoir déjà fait une tentative nécessitant une hospitalisation - là encore, ces chiffres sont bien moins élevés chez nos voisins.

Pour Michel Debout, professeur de médecine légale au CHU de Saint-Étienne et président de l'association Bien-être et société à l'initiative de l'enquête, «les raisons peuvent être liées à la crise économique et sociale. La France a un modèle social plus affirmé que l'Italie et l'Espagne. Dans ces pays, le système d'entraide familiale est plus ancré, ce qui se ressent dans les résultats de l'enquête.»

Les femmes plus concernées

D'après les résultats de l'étude, les femmes seraient plus concernées: 23 % de femmes interrogées auraient déjà pensé sérieusement au suicide, contre 17 % chez les hommes. Ces chiffres complètent les observations faites dans le dernier rapport de l'Observatoire national du suicide (ONS) qui avait conclu que si les femmes passaient plus fréquemment à l'acte que les hommes, les tentatives de ces derniers avaient plus de risques d'aboutir.

D'autres facteurs comme l'âge, le statut professionnel et le niveau de diplôme rentreraient en jeu pour expliquer la vulnérabilité d'un individu. En France, les moins de 35 ans déclarent à 24 % avoir déjà eu une intention réelle de se suicider, contre 19% chez leurs aînés. Par ailleurs, moins on est diplômé, plus on pense au suicide. En outre, l'enquête tend à montrer que le chômage ainsi que les conditions de travail dégradées favorisent les pensées suicidaires des actifs. «Le suicide est multifactoriel, souligne Michel Debout. Cependant, le rôle du chômage n'est pas négligeable. Il est traumatique et fragilise la personne. On le voit dans l'étude: un Français sur cinq déclare éprouver des pensées suicidaires sérieuses. Parmi les individus au chômage, on passe à 30 %.»

L'impact du suicide d'un proche

La prise de psychotropes augmente aussi le risque de pensées suicidaires, mais c'est assez logique, explique le Pr Debout. «Beaucoup de psychotropes sont utilisés pour soigner des états dépressifs ou des maladies chroniques. Il y a une cohérence dans le fait que les pensées suicidaires soient plus fréquentes chez quelqu'un à qui l'on vient de prescrire des antidépresseurs. Les médecins doivent donc être plus attentifs à la possibilité de risque suicidaire lorsqu'ils prescrivent ces traitements.»

Plus surprenant, l'enquête montre aussi qu'avoir fait l'expérience d'une tentative de suicide ou d'un décès de ce type parmi ses proches augmente le risque d'avoir des pensées suicidaires. Michel Debout explique que «la détresse de la perte d'un proche est très forte chez les parents d'enfants suicidés et les enfants de parents suicidés. Le suicide d'un proche “ouvre la voie d'une solution possible” en quelque sorte. Il y a une contagiosité que l'on ne retrouve pas quand on perd un proche d'une autre cause, comme de maladie.»

Prévention du suicide L’état d’urgence mondial

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Auteurs:
Organisation mondiale de la Santé

Informations sur la publication

Nombre de pages: 89
Date de publication: 2014
Langues: Anglais, français
ISBN: 978 92 4 256477 8

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Présentation

Le suicide est évitable. Pourtant, toutes les 40 secondes, une personne se suicide quelque part dans le monde et bien plus tentent de mettre fin à leurs jours. Aucune région ni aucune tranche d’âge n’est épargnée. Il touche toutefois particulièrement les jeunes de 15 à 29 ans, chez qui il constitue la deuxième cause de mortalité à l’échelle mondiale.

C’est la première fois que l’OMS publie un rapport en la matière. Ce document rassemble les connaissances acquises dans le domaine. Il a pour objectif d’encourager les pays à développer ou renforcer leurs stratégies globales de prévention du suicide selon une approche multisectorielle de la santé publique.

Voir aussi

INTERVIEW - Le taux de suicide grimpe avec le chômage, montre une étude récente. Michel Debout, médecin et auteur du Traumatisme du chômage*, explique comment préserver sa santé tout en pointant à Pôle emploi.

- Le chômage a-t-il un impact réel sur la santé psysique et psychologique des salariés?

Michel Debout - Oui incontestablement. Peu d'études se sont encore intéressées à l'impact du chômage sur la santé, mais une récente publication de l'Inserm a montré que le taux de suicide augmente bel et bien avec la montée du chômage. Entre 2008 et 2010, près de 600 suicides en France lui seraient imputables. D'autres études internationales ont mis en évidence un pic de suicides dans les pays les plus touchés par la crise, comme la Grèce, l'Espagne ou le Portugal.

Mais sans aller jusqu'au suicide, le fait d'être au chômage met en péril la santé psychique et physique. Dans une vie, se retrouver au chômage est un traumatisme. Perdre son emploi, c'est une forme de mort sociale. Comme tout traumatisme, il peut provoquer une perte d'appétit, de sommeil, de l'irritabilité, une perte d'estime de soi... Le risque dépressif est plus fort que pour une personne qui a un travail. Toutes ceux qui recherchent un emploi ne connaissent bien sûr pas toutes ces difficultés. Certaines, du fait de leur expérience personnelle, des proches qui les entourent, de leur situation matérielle, sont moins fragiles que d'autres. Mais c'est une épreuve pour tous les chômeurs.

Le chômage a-t-il un impact sur la vie privée?

Michel Debout Oui, bien sûr. Le licenciement de près de 700 salariés de Continental s'est soldé par 250 séparations, selon les syndicats. Le chômage met à mal la cellule familiale, qui est pourtant la meilleure protection du chômeur contre la dépression. Il la déséquilibre, surtout lorsque le chômage se double de problèmes financiers. Quand le divorce succède au chômage, ce sont deux épreuves, qui peuvent être perçues comme des échecs, à encaisser. coup sur coup...

 

Que faire pour limiter ces dégâts?

Michel Debout Il est très important de conserver des liens, sociaux et affectifs. Il faut les soigner quand ils existent, chercher à les créer quand on n'en a pas, en faisant partie d'associations, en pratiquant un sport... Il ne faut surtout pas s'isoler, même s'il peut devenir plus difficile de voir des amis, des relations, parce que les conversations tournent souvent autour du travail.

Il est aussi important de continuer à rythmer ses journées, en organisant sa recherche d'emploi comme une journée de travail par exemple. Sortir, rencontrer des personnes qui font face à la même difficulté. Il faut être attentif au «syndrome de la robe de chambre»: ne plus s'habiller le matin est un signal de déprime, que l'on soit ou non au chômage.

Enfin, parler de la réalité du chômage est capital. Le silence qui entoure le quotidien d'une personne au chômage est culpabilisant. Certains en viennent à douter d'eux-mêmes, de leurs capacités, alors que c'est le marché du travail qui met aujourd'hui des millions de Français dans cette situation. Il n'y a pas cinq millions de personnes incompétentes, il est important de le rappeler.

Vous préconisez une médecine préventive du travail. En quoi cela consiste-t-il?

Michel Debout Un chômeur perd l'accès à la médecine du travail à un moment de sa vie où il est exposé à un risque particulier pour sa santé. C'est pourquoi je plaide depuis plusieurs années pour une médecine préventive spécifiquement adressée aux demandeurs d'emploi. Chaque nouveau chômeur devrait pouvoir bénéficier d'une consultation médicale post-licenciement, dans les deux à trois mois. Elle permettrait d'identifier les personnes les plus vulnérables et de les accompagner. Une dernière consultation serait prévue deux après la perte d'emploi, si la personne n'a pas encore retrouvé de travail. S'intéresser à la santé physique et mentale des chômeurs, c'est aussi faciliter leur retour à l'emploi....

* Le Traumatisme du chômage, de Michel Debout, écrit avec la collaboration de Gerard Clavairoly, est paru aux Editions de l'Atelier.

Le suicide est évitable. Pourtant, toutes les 40 secondes, une personne se suicide quelque part dans le monde et bien plus tentent de mettre fin à leurs jours. Aucune région ni aucune tranche d’âge n’est épargnée. Il touche toutefois particulièrement les jeunes de 15 à 29 ans, chez qui il constitue la deuxième cause de mortalité à l’échelle mondiale.

C’est la première fois que l’OMS publie un rapport en la matière. Ce document rassemble les connaissances acquises dans le domaine. Il a pour objectif d’encourager les pays à développer ou renforcer leurs stratégies globales de prévention du suicide selon une approche multisectorielle de la santé publique.

Informations sur la publication
Prévention du suicide - L’état d’urgence mondial
Auteurs: Organisation mondiale de la Santé
Date de publication2014
LanguesAnglais, français
ISBN978 92 4 256477 8

Nombre de pages89

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Lors des 15es Journées nationales de la prévention du suicide en février dernier, Nora Berra, secrétaire d’Etat à la santé, a réitéré la volonté du gouvernement de lancer un programme national d’action face au suicide.

Lors des 15es Journées nationales de la prévention du suicide en février dernier, Nora Berra, secrétaire d’Etat à la santé, a réitéré la volonté du gouvernement de lancer un programme national d’action face au suicide. Déjà en 2010, Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé, armé du rapport du professeur David Le Breton sur la prévention du suicide, avait promis un vaste plan, organisé autour de cinq axes : développement des études et de la recherche, information et communication autour de la santé mentale et de la prévention du suicide, la formation des professionnels, le développement de la prévention et l’amélioration de la prise en charge des suicidants et de leur entourage. Force est de constater que, malgré les déclarations d’intention, peu de choses ont été accomplis en matière de prévention. Pourtant, la prévention du suicide (qui a baissé de 20% en 25 ans) est considérée comme une priorité de santé publique depuis 1998. Depuis 2000, un plan quinquennal de prévention a été mis en place, qui favorise le dépistage accru des risques suicidaires, la restriction de l’accès aux moyens létaux, l’amélioration de la prise en charge et la connaissance épidémiologique. Qui plus est, la loi de santé publique du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique a fixé, comme objectif, une baisse du nombre de suicides de 20% à l’horizon 2008. Le plan psychiatrie et santé mentale, qui s’est achevé en 2008, a accordé une large importance à la prévention du suicide. Si l’on constate une baisse sur ces deux dernières décennies des suicides en France, l’Hexagone reste une terre d’élection pour l’autolyse.

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Notre livret de prévention a du succès à la Réunion (plus de 200 distributions en 1 semaine) mais aussi dans la zone. Nous avons eu des contacts de psychologues et psychiatres de  Maurice, Madagascar, d’Angleterre et Métropole.

La presse locale en a largement fait écho :

Clicanoo -

Orange Réunion -

Imazpress -

Zinfos974 -

- le livret en version dématérialisée - cliquez ici

Rapport Alain Milon

Publié le 03 janvier 2013

Prise en charge psychiatrique des personnes atteintes de troubles mentaux

Le rapport du sénateur Alain Milon établi au nom de la commission des affaires sociales et relatif à la prise en charge psychiatrique des personnes atteintes de troubles mentaux a été publié le 03 janvier 2013.

11 propositions sont formulées :

  1. Intégrer la lutte contre les troubles mentaux à la prochaine loi de santé publique.
  2. Organiser une concertation avec l’ensemble des praticiens et les associations représentant les malades et leur famille pour que la prochaine loi sur l’accès aux soins comporte des choix clairs et acceptables pour tous sur l’avenir du secteur et de la coordination des soins.
  3. Mettre en place un programme de développement des réseaux de soins en psychiatrie
  4. Mettre en place des case managers non médecins chargés du suivi d’un patient dans son parcours tant sanitaire que médico-social.
  5. Intégrer un conseil des familles et des usagers à l’organisation des établissements psychiatriques.
  6. Fixer avec la Haute Autorité de santé un calendrier de réunions de consensus aboutissant à l’élaboration de recommandations de bonnes pratiques.
  7. Organiser la prise en charge somatique des personnes atteintes de troubles mentaux.
  8. Garantir un tronc commun de la spécialisation en psychiatrie assurant la formation à l’ensemble des techniques de prise en charge.
  9. Assurer le financement des projets de recherche en psychiatrie par une agence centrale sur le modèle de l’Institut national du cancer.
  10. Renforcer la formation continue des pédiatres et des médecins généralistes pour leur permettre de prendre en charge rapidement les cas de dépression et de détecter rapidement les troubles psychiatriques. Encourager le dialogue avec les psychiatres et les centres experts.
  11. Mettre en place un Observatoire des suicides rattaché à l’Institut de veille sanitaire.

Contact : Nathalie SANCHEZ  Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Le professeur Michel Debout, initiateur de l’appel pour un observatoire des suicides, vient de publier un nouvel ouvrage, « Le suicide, un tabou français » aux éditions Pascal (coll. « Tapages »), le fruit de plusieurs années de réflexion et d’engagement en faveur de la prévention notamment comme président de l’Union nationale de prévention du suicide.